RODIN ET LA DANSE… HIP HOP – Les figures et les choses en mouvements

Les figures et les choses en mouvement :

Parce que le Hip Hop est partage et transmission, une idée est venue dans ma tête à l’exposition Rodin « L’exposition du centenaire » au Grand Palais en 2017 et j’ai envie de vous en donner quelques clés.

En ce moment, le Musée Rodin propose une exposition « Rodin et la danse » jusqu’au 22 juillet 2018. Même si mon coeur et ma sensibilité sont plus touchés par les oeuvres de Camille Claudel, mon idée s’est accentuée. Je prends les clés et j’ouvre une porte… Entrez.

J’ai dans l’idée qu’il y a des maîtres et des maîtresses de l’histoire de l’art, des zones artistiques à étudier avec le Hip Hop. Pourquoi ? Parce que le Hip Hop est un mouvement artistique en train de se construire, de se faire dans le temps qui nous est présent, dans notre contemporanéité. Alors naissent des familles, des groupes, des idées différentes, qui parfois s’entrecroisent ou s’entrechoquent souvent dans le respect. Naissent également des acquiescements, des pour ceci, des contre cela… Les échanges et les discussions font avancer. Nous retrouvons des flux; les choses ne sont pas figées et viennent s’entremêler. D’ici, naît une force d’affronter les temps modernes avec appétit. Dans cette faim où cette soif, les acteurs et activistes trouvent leurs propres références.

A tort où à raison pour certains, un mouvement artistique se construit en combien de temps ? La dimension est large en années. Nous sommes aux débuts d’une aventure artistique, il y a le temps de marquer, de faire, d’évoluer, d’interroger, de répugner, d’être récupéré, d’avoir le droit de se tromper, de séduire, de choquer, d’être critiqué, d’être admiré. Parfois c’est dur, parfois non, ça bouge, ça avance, ça s’interroge, ça se questionne, ça critique, ça enjolive…

Le corps qui modèle le monde entre ses mains :

Combien de temps ? Comme le mouvement de ton bras, compte les muscles, les nerfs, les os et toutes les choses qui sont assimilées à ce mouvement et la peau. Le mouvement de la peau et ton idée dictée par ton cerveau. «Je vais faire ça avec mon bras » Sauf que… tu n’y arrives pas. Alors tu t’entraînes, tu examines ton corps, tu le sens, tu sens tout ce qui se passe. Ce n’est pas systématique pour tout le monde de faire cette démarche. Tu vois là, où, tu veux amener les choses et comment faire avec juste ton bras et ses  différentes parties. Parfois, tu travailles jusqu’à te regarder dans une vitre qui te reflétera ou un miroir. Là, dans ce temps, tu as peut-être modelé ton corps à la manière de Rodin. Là, dans ce temps, tu as modelé ton corps comme tu veux. Non pas au sens visuel du terme et de sa normalisation : « bien fait », « bien foutu »… mais l’aspect visuel de la forme en mouvement, son étirement et son expression. Le mouvement qui tu sais va étonner, va peut- être porter ou apporter. Et puis, il peut y avoir la gravité, celle du visage de l’être qui se concentre, happé sur sa phase, sa réflexion et la descente au sol, voilà… le voilà le sens de la gravité. Miroir de temps, les sculptures présentées au Musée Rodin pour l’exposition « Rodin et la danse ».

De Rodin à the New York City Breakers en passant par Sidney, Vocal Grammatics et la danseuse étoile Marie-Agnès Gillot :

Chez Rodin , il y a le corps. Dans ses sculptures, j’ai pu lire des danseurs Hip Hop et l’histoire qui s’y inscrit dans le mouvement et pour le mouvement. Nous pouvons le voir dans le corps. Le corps cette chose qui assemble les membres déplacés. Il y a comme ça quelque chose de l’ordre de l’improvisation. Parfois une improvisation bien léchée, travaillée avec l’idée de placer un mouvement de dingue dans la danse. Les choses ne sont pas figées c’est comme si… un instant, un moment les choses allaient bouger pour se transformer. C’est dur, c’est fort c’est peut-être résister. C’est peut-être prendre conscience de sa place dans le monde, dans l’espace où le corps se déploie d’où l’on est ou d’où l’on naît. C’est ce corps jouant de ses membres marquant les transitions que la personne qui ne connaît pas sera forcément attirée et bluffée de l’imagination et de cette idée de la danse en mouvement. C’est le corps instrument et vivant.

Pour Rodin le danseur n’est pas un pantin de son temps qu’il veut manipuler. Ils échangent ensemble. Ils correspondent. Rodin assiste aux spectacles des danseurs et danseuses de son temps.. Dans son atelier la modèle, danseuse et acrobate doit repousser les limites anatomiques et musculaires. Le sculpteur veut aller plus loin que les conventions et trouver des nouvelles sensations. Il s’intéresse aux danses folkloriques, asiatiques et populaires. Le mouvement découvre l’air et la terre… Nous pouvons le retrouver dans ses dessins et sculptures.

Comme nous explique cette exposition dès en rentrant au Musée Rodin, les propos que Rodin veut traduire sont je trouve, proches de l’idée de la danse Hip Hop. Vous pouvez voir dans son travail, la figure du corps. Une sculpture en argile. Cela passe part un moulage, les corps ont la même tête mais après tout change dans un langage de figures. Un mur du musée explique clairement les moulages et comment les membres désassemblés forment de nouvelles figures en se rassemblant. Un vrai processus d’étude du mouvement. Tête – Jambes – Bras – Torse. Nous pouvons y retrouver les figures A C B D E… Et les mouvements Alpha/ Bêta. Nous trouvons ici le travail « Mouvements de Danse » entre équilibre, torsion et tension. (Entre 1903 et 1913.) En fait quand nous réfléchissons un peu… nous voyons la transmission des mouvements de bases décomposés des danseurs.

Ici, je vois le lien avec le poster Breaking Moves by the New York City Breakers : Electric Boogie/ Body Popin, Moonwalk, Top-Rocking, Footwork, Headspin. Je vois aussi l‘émission H.I.P H.O.P présentée par Sidney qui en 1984 montre un mouvement, la leçon d’un mouvement, en prenant parfois un danseur. Alors Sidney devient le sculpteur comme s’il montrait comment modeler un corps. C’est comme apprendre un langage en phonétique, ou comme, le sublime projet Vocal Grammatics qui est lui un système d’écriture pour le beatbox.

 

Dans cette épopée, je me suis documentée et aperçue que Marie-Agnès Gillot danseuse étoile et chorégraphe, ancienne danseuse du ballet de l’opéra de Paris a créé sa première pièce Hip Hop « Les rares différences » en s’inspirant des figures de Rodin… qui sont présentes dans l’exposition.

Comme quoi la tête fonctionne bien et les ponts se retrouvent parfois en grand écart avec une danseuse étoile.

Pour que vos yeux brillent d’étoiles, je vous propose d’aller faire un tour au Musée Rodin voir cette exposition. Et par la suite, n’hésitez pas à partager vos impressions et vos sentiments.

Morgan Le Cam, Paris. Juin-Juillet 2018
Renseignements utiles : « Rodin et la Danse » jusqu’au 22 Juillet 2018 Musée Rodin 77 rue de Varenne, 75007 Paris
Site : http://www.musee-rodin.fr

Mes projets sont rassemblés sur des analogies poétiques entre l’abeille, l’homme et les cultures populaires, en particulier le Hip Hop.
Nous pouvons voir dans mes travaux des empreintes à la sociologie, la littérature, à l’histoire de l’art du cinéma, de la musique, de la danse, de la mode en particulier celle du sweat à capuche qui me passionne et habille certains de mes projets.
Les choses sont amenées d’une manière poétisée par des compositions, des couleurs, des mots des phrases et des histoires.
Des bases de données permettent de donner forme à mes projets plastiques. J’utilise les formules du dessin, de l’installation, de la couture, de la peinture, de la performance, de la sculpture, du texte, du dessin vectoriel et de la broderie dans le but de transmettre et de partager.

Morgan Le Cam

Mes projets sont rassemblés sur des analogies poétiques entre l’abeille, l’homme et les cultures populaires, en particulier le Hip Hop. Nous pouvons voir dans mes travaux des empreintes à la sociologie, la littérature, à l’histoire de l’art du cinéma, de la musique, de la danse, de la mode en particulier celle du sweat à capuche qui me passionne et habille certains de mes projets. Les choses sont amenées d’une manière poétisée par des compositions, des couleurs, des mots des phrases et des histoires. Des bases de données permettent de donner forme à mes projets plastiques. J’utilise les formules du dessin, de l’installation, de la couture, de la peinture, de la performance, de la sculpture, du texte, du dessin vectoriel et de la broderie dans le but de transmettre et de partager.

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