[Live-Report] PARIS HIP HOP Winter – Josman / O’Boy / Take a Mic / Makala

Josman, O’Boy, Take A Mic et Makala, 4 noms qui résonnent sur la scène émergente du rap francophone. Ce sont les artistes que le Paris Hip Hop a choisi de présenter, ce Dimanche 11 Décembre sur les planches de la Maroquinerie, pour clôturer son festival d’hiver. Que d’espoirs en perspective pour cette nouvelle vague d’artistes, qui promet bien des perturbations en s’abattant sur le rap français. Ce dernier que l’on disait mort il y a peu, semble aujourd’hui avoir une longue vie devant lui ; cette soirée enflammée nous l’affirmera en tout cas.

À la tête de 2 opus dont le récent « Matrix », Josman a su affirmer sa personnalité à travers ce nouveau projet, plus mature, ovationné par les internautes. Soutenu sur cette dernière mixtape par l’excellent Easy Dew, qui s’est il y a peu illustré sur la scène du Yoyo, le beatmaker désormais officiel du rappeur, l’accompagnera ce soir encore.

Très attendu par le public, Josman, casquette vissée sur la tête et pantalon dandy, ouvrira cette soirée. Pas même le temps de s’introduire, qu’il entame son texte et impose son univers, dès les premières sonorités. Imperméable à la pression, le jeune rappeur se pavane, plaisante et gère sa prestation avec une régularité et une aise insolente. De « Doobie » à « Pussyboyz », à chaque titre sa transition propre, a cappella souvent, permettant au vainqueur 2013 du End Of the Weak, de déployer son évidente maîtrise du freestyle et de l’improvisation.

Josman signera une performance soignée déjà digne d’une grande scène. Il ouvre l’appétit d’un public reconnaissant et introduit ce show dominical avec brio. Alors que l’on pense sa prestation terminée, l’artiste nous apprend qu’il a abouti son prochain projet et nous livre une exclusivité de celui-ci. L’annonce fait jubiler la foule et le nouveau titre fait mouche. Cet opus qui nous est promis début de 2017, devrait permettre au jeune rappeur de Vierzon, de prochainement tirer son siège, à la table du rap jeu hexagonal.

À l’image de sa musique, O’Boy incarne il est sûr un mystère planant et imprévisible. Le rookie de la soirée, qui s’est fait connaître il y a peu avec sa mixtape « Olyside », se voit en quelques mois plébiscité sur la toile, exposé aux projecteurs et à présent attendu au tournant. Membre du collectif Way boto, qui se fait figure de proue du cloud rap sur la scène émergente française, le jeune rappeur à l’instar de son confrère Bit$u, compte bien imposer ce style au game francophone.

Lunettes noires sur le nez, dissimulé derrière une capuche, O’Boy lance sa prestation. Défilant mécaniquement de droite à gauche de la scène, le rappeur enchaîne linéairement phase après phase. La nonchalance caractéristique de l’artiste tranche avec l’énergie folle d’un backeur sur-vitaminé, pour un ensemble quelque peu brouillon. Le choix dans un premier temps, de ne pas interpréter ses titres en entier, sans compter les transitions pas franchement assurées de l’artiste, posent autant le doute sur la scène, que dans la foule.

Mais si hésitations il y a eu, celles-ci sont définitivement dissipées lorsque O’Boy interprète « Rollin Up ». Le titre sonne le glas d’une prestation réussie et l’artiste retrouve véritablement les faveurs du public. Il installe alors son univers et décroche les têtes jusqu’au fond de la salle. Le rappeur déploie une énergie jusqu’alors canalisée pour signer une prestation, qui crescendo, a certainement pris son temps pour séduire, mais se terminera sur la frénésie et une ovation du public, amplement méritée.

 

Habitué de la scène parisienne après notamment une apparition dans le célèbre RBMA, Take a Mic nous a montré la plus grande maîtrise scénique de ce concert. Accumulant 4 mixtapes, 3 OP et un bon nombre de freestyles à son actif, le rappeur d’Orly est certainement le plus prolifique, si ce n’est le plus mature, du casting de cette soirée.

Celui que l’on surnomme le « niño terrible » opère une entrée fracassante sur scène. S’il porte bien son nom, une fois le micro pris d’assaut, Take a Mic subjugue immédiatement la foule. Du haut de ses 23 ans, son répertoire déjà assez vaste lui permet d’interpréter, parmi ses titres, ceux qui se prêtent le mieux au live. Ainsi à chaque track, il ne manquera pas de susciter l’émotion qu’il attend de la foule. Que rajouter pour celui qui nous a offert une prestation technique et sans basse note, ponctuée par l’énergie de son fameux « Canalise ton stress ».

Mais pour ceux qui sont passés à côté, sa prestation est caractérisée par la générosité. Membre du collectif Eddie Hyde, l’artiste sera très vite rejoint sur la scène par son crew, pour un show sous le signe du partage. Aussi, le verra-t-on parcourir la scène, exhibant un portrait offert par un(e) fan ; mais encore, faire monter un spectateur à ses côtés, qui profitera d’un bref, mais intense moment de gloire. L’artiste confirme le trait à la fin du concert, n’hésitant pas à rejoindre ses fans pour improviser une séance photos.
Un artiste abondant donc par sa production musicale (en plus d’être nombreux, ses projets sont disponibles gratuitement) mais aussi par le cœur. Son prochain opus « Bipolaire » à suivre de près, lui permettra on l’espère, de véritablement définir son univers et de passer un cap artistique.

Peu connu sur la scène parisienne, le rappeur de Genève a transcendé le public tenant toutes ses promesses et bien plus. Sa prestation est alors le cas d’école, d’un jeu de scène conquérant : Pogos, jets d’eau et de serviettes et bains de foule, tout y est. Une véritable anarchie artistique, sur un podium qui prendra le temps de son passage, les airs d’un Pollock !

Alors que la salle atteignait son point d’ébullition, apparaît celui qui enflammera le ciel. Coiffé d’un bonnet rastafari et d’une veste militaire, Makala qu’on se le dise, s’apprête à faire parler la paix, par la guerre. A ses côtés, ses « frères » Pink Flamingo et Slim K, respectivement membres des labels Colors records et Super wak, assurent le spectacle. Avec son crew, Makala règne sur la foule, imposant à celle-ci une rare sauvagerie. Lui-même habité d’une frénésie d’un autre monde, enchaîne les titres, dont « Big Daddy Mak » et « Capela » très efficaces sur un public qui en redemande.

Après un spectacle des plus furieux, l’artiste rappelle la foule au calme, mettant fin à 3 heures de folie et clôture sur des remerciements cette première édition d’hiver du Paris Hip Hop. Pour Makala qui a récemment signé chez BMG France, on ne peut qu’attendre de grands projets à venir dans l’hexagone.

Ponctué de spontanéité et de moments généreux, un show de qualité nous a été délivré, par ces artistes à l’expérience et au répertoire pourtant bien disparates. Dans cette arène intimiste qu’est la Maroquinerie, se sont confirmés les nouveaux challengers du rap français. Un concert d’anthologie en cette fin d’année 2016, qui n’aurait pas été possible sans l’équipe de Hip Hop Citoyens, qui vous donne déjà rendez-vous courant Juin 2017, pour une nouvelle édition de leur festival d’été. Affaire à suivre !

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