Interview Rémi Lopez AKA The Rock (TBB/RDK/MMR) : « Je pense que la scène Breaking oublie son origine, le Hip Hop, et c’est pour cela qu’elle prend des directions surprenantes »

Aujourd’hui on se rencontre pour une nouvelle interview, cette fois-ci avec Rémi Lopez, président de l’association Shiva Danse et Mouvement. Président du chapitre Français de The Bronx Boys Rocking Crew. Membre du groupe Mastermind Rockers et de Rockers Delight Crew. Il s’agit de l’un des rares b-boys français à avoir voyager aux États-Unis et notamment à New-York pour en apprendre plus sur la culture Hip-Hop et notamment le Rocking.

1) Pourrais tu te présenter ?

Je m’appelle Rémi Lopez, j’ai 30 ans, je suis marié. Je pratique le Break dance et le Rocking et j’habite actuellement à Pérols, un village du sud de la France dans lequel j’ai grandi.

Mes surnoms sont, the rock, ovni one, pironas, fwom piwol, rémi ruen, et de nombreux autres surnoms que l’on m’a donnés depuis que je break. Je ne suis pas très attaché à ça et c’est pour ça que j’aime utiliser le prénom que ma mère m’a donné, également comme surnom. Ma mère est ma première source d’inspiration ainsi que de soutient, alors c’est Rémi qui me représente le mieux.

2) Comment es-tu arrivé au break ?

Après une enfance chaotique sur le plan social, conflits familiaux, exclusions scolaires, échec sportif, incompris idéologiquement, j’ai découvert le Hip Hop. J’avais à peu près 16 ans, je m’y suis totalement identifié et tout de suite investit.

J’ai commencé avec mon meilleur ami Sébastien dans notre village, Pérols. Nous avons eu de nombreuses expériences autour de la danse et du Hip Hop à l’époque, (démonstrations, films, culture, musique etc…) C’est ce qui m’a donné l’opportunité d’essayer et j’en suis finalement tombé amoureux.

3) Avant le break as tu touché à un autre élément de la culture hip hop ?

Je jouais au Foot et j’ai pratiqué quelques autres sports. Judo, Boxe, Basket, Athlétisme… Ils ont tous influencés mon approche du bboying et de la culture Hip Hop.

J’ai découvert le Hip Hop grâce à la danse et à la musique et j’ai eu la possibilité de m’y investir grâce aux organisateurs événements Hip Hop sur Montpellier (Lawari, Nadia), aussi Maamar qui possédait une école de danse Hip Hop sur Montpellier, les Darklights qui donnaient des cours dans les maisons pour tous de Montpellier, Watra et son crew Urban Style que j’ai connu au collège de Aiguerelles à Montpellier après mon renvoie de Pérols.

4) Tu es l’un des rares membres des The Bronx Boys, présent en France, pourrais tu nous parler des TBB pour ceux qui ne savent pas ?

TBB est considéré comme un des premier crew de bboy dans le bronx (1975).

TBB est le premier crew de bboy à se greffer officiellement au mouvement Hip Hop en signant un traité de paix avec la Zulu Nation en 1977 afin d’inciter les jeunes du Bronx à faire la paix.

5) Comment es-tu rentré dans ce crew et qui t’as intégré dans le crew ?

Pratiquant autant la danse que son enseignement, j’ai eu besoin de me former pour poursuivre mon apprentissage, et je suis donc allé aux Etats Unis pour comprendre l’origine des danses Hip Hop ainsi que la culture et sa philosophie. Très vite mes recherches m’ont orienté vers TBB, New York, et le Bronx… Je suis entré en contact avec Aby, président de TBB. Il m’a mis en relation avec Nev, avec qui j’ai communiqué pendant un an afin de me former à l’histoire du crew.  Elle m’a ensuite proposé d’intégrer le crew et j’ai accepté. Ce crew est ouvert et accessible à toute personne souhaitant rejoindre un mouvement de bboy honnête et bienveillant. J’ai découvert TBB à Miami, puis à Paris, ensuite à LA, enfin j’ai rencontré les fondateurs à New York City. J’ai dû voyager un peu mais il m’a suffi de les chercher pour les trouver. Qui cherche trouve 😉

6) Qu’est ce que ça fait de faire partie d’un crew ayant autant d’histoire ?

C’est une force incroyable que de reconnaitre et d’être reconnue par les pionniers d’un mouvement que l’on défend. C’est une chance d’avoir à disposition de tel ressource. Enfin cela me permet de toujours me rappeler de qui je suis et pourquoi je fais ce que je fais. Pour moi c’est indispensable.

C’est aussi une grande responsabilité que de devoir transmettre les infinies connaissances que le crew m’a offert, et cela sans les dénaturer. C’est aussi difficile de défendre l’histoire d’un crew dont on ne connaît qu’une partie de l’histoire. TBB est aujourd’hui une organisation internationale et possède des chapters dans le monde entier.

6) Tu fais également partis du crew Rockers delight, pourrais-tu nous parler de ce crew et de l’identité/valeurs de ce crew ?

Rockerz Delight est un crew de bboys et bgirls à l’origine de Montpellier. Selon moi la motivation principale de ce crew est la compétition. J’ai été recruté par Crazy Moh au retour de mon premier voyage à New York. J’ai accepté d’intégrer le groupe pour partager mon expérience, c’est ce qui été convenue. J’ai noué une amitié avec Rudy Moreso avec qui j’ai voyagé à New York en 2015. Je me suis ensuite rapproché de Manuel Da Silva et Andréa Mondoloni avec qui je suis devenue très amis. Nous avons participé à de nombreuses compétitions durant deux ans. J’ai ensuite rencontré Hamdi Dridi qui est devenue comme un frère pour moi. Ils ont tous trois été recruté par Crazy Moh. Nous avons participé à des compétitions, des entraînements et des voyages.

Je me suis ensuite désintéressé au projet du groupe. Je ne me sentais plus utile alors j’ai décidé de m’en écarter pour me consacrer à ce qui me tenait à cœur. J’ai rencontré ma moitié nous avons lancé le projet Shiva Danse et Mouvement dont je rêvais depuis longtemps. Je m’y investis désormais totalement, avec tous les crews, danseurs et personnes qui nous soutiennent.

7) Tu fais également partie des Master Mind Rockers, pourrais-tu nous parler de ce groupe également ?

Master Mind Rockers est un groupe de Rocking  ( burning, up rock, rock dance ) de Brooklyn. Le Rocking est une discipline qui ne fait pas partie de la culture Hip Hop mais qui est pour moi la source, l’essence même d’une discipline que je pratique : le Break dance.

J’ai intégré se groupe suite à ma rencontre avec Ringo Miranda chez qui je vivais lors de mon premier voyage à New York. Mighty Mike et Ringo m’ont proposés d’intégrer le groupe trois ans plus tard lors de mon second voyage. Et je suis devenue un membre officiel il y a quelques mois. MMR est composé de personnes surprenantes que j’apprécie et qui m’inspire énormément, Vitamin, Yann, Poeto, Goody, Chauncey, Chad, Mike et bien sûr Ringo… Tout ce que je peux dire c’est : MEET US ON THE LINE.

8) Qu’est ce que le Rocking ?

Le Rocking est pour moi, un mouvement, une danse, une discipline spirituel, née de l’envie de créer, d’exister, de s’imposer s’il le faut, de défendre et d’exprimer notre individualité. C’est un courant que j’ai découvert grâce au Break dance et par lequel je remonte doucement. Le Bboying, Le Rocking, mais aussi la salsa et toutes les danses de rues en font partie.

Pour parler de ‘’Up Rock’’ Burning, c’est une danse né dans les années 60 70 à New York. Les mouvements sont inspirés des films de Kung Fu, des danseurs célèbres que des gangs qui peuplé la ville à cette époque. Chaque quartier a développé son propre style de Rocking. Chaque génération possède aussi sa propre approche. J’ai eu la chance d’apprendre le ‘’Freestyle Rock’’ avec Papo et Enoch danseurs des années 60, 70 dans le Bronx.

9) Le Rocking a pris une place prédominante dans ton style de danse, comment en es tu arrivé à cette danse alors que tu était plus centré sur le break à la base ?

Mon but en tant que danseurs a toujours été d’exprimer mon identité profonde. La découverte du Up Rocking a été pour moi une révélation, tout comme le Break dance l’a été auparavant. C’est une danse qui me permet de développer mon expression, mon interprétation, ma personnalité. Je l’ai senti à l’instant même où j’ai rencontré l’essence de cette discipline, encore une fois grâce au Hip Hop, et à Khéroine DLK à la Seyne sur Mer ou ma mère a déménagé à l’époque (comme quoi tout à un sens) 😉

Le Rocking dans son esprit à pris une place absolue dans ma danse. Je ne parle pas de Brooklyn rock, ou du Mastermind Style, mais du Rocking dans son essence, qui est aussi le nom original du bboying (break dance). Quand j’ai découvert les danses Hip Hop, j’ai ressenti comme un coup de foudre intérieur. J’ai commencé à apprendre, à imiter, à créer. J’ai toujours adoré tous les styles et le Rocking m’as permis d’accéder à un autre niveau d’expression. Il m’a permis d’atteindre l’aspect spirituel de la danse. Il me permet de comprendre le sens profond, le message et pourquoi je danse. C’était l’énergie du coup de foudre que j’avais ressenti à la base. A partir de là mon engagement du Break-dance a considérablement diminué.

10) Quel est ton TOP 5 des meilleures breaks ?

J’aime Apache, Funky drummer, Give it up and turn it loose, mais j’aime encore plus être surpris par des break que je ne connais pas, il existe tellement de musiques…

11) Que penses-tu de la scène Breaking aujourd’hui en France et à l’international ?

Je pense que la scène Breaking oublie son origine, le Hip Hop et c’est pour cela qu’elle prend des directions surprenantes. Sans la culture Hip Hop le Breaking n’est rien d’autre qu’une pratique parmi tant d’autres, sans valeur spirituel. Je pense qu’il est indispensable que chacun reconnaisse son histoire pour apprécier qui il est et retrouve la force de créer selon ses propres valeurs.

Je pense que la scène porte bien son nom. Une scène ou se joue des rôles. L’aspect spirituel est rare sur scène.

12) Comment vois-tu l’arrivée des jeux olympiques pour notre culture ? Est-ce une bonne ou une mauvaise chose pour toi ?

Je vois l’arrivé des JO dans notre culture comme l’opportunité de communiquer à une plus grande échelle. Nous touchons de plus en plus de monde par l’aspect universel de notre art. C’est une bonne chose pour celui qui utilise cette opportunité pour communiquer ce qu’il a dans le cœur. Une mauvaise pour celui qui oublie ses propres racines.

Je vois l’arrivé des JO comme un prolongement de la scène déjà existante. Le monde aime le Hip Hop en scène. Dans un monde parfait le Break serait comme dans le Bronx partout dans le monde et pour toujours, mais c’est l’histoire du monde que de se perdre pour mieux se retrouver.

13) Pourrais-tu nous parler de ton association ainsi que de tes projets personnels ?

Shiva Danse et Mouvement a pour but de créer des événements spirituels autour de la danse. Je souhaite continuer à développer ma conscience, ma confiance et ma capacité à créer. Continuer d’apprendre à m’exprimer pour éclaircir le message qui est dans mon cœur depuis toujours.

J’ai réussi à confirmer le fait que cette danse et cette culture étaient réellement importantes pour le monde. Je l’avais imaginé et pressenti en découvrant le Hip Hop, mais cela s’est transformé en engagement profond après mon premier voyage à New York.

J’essaye de partager ce que je suis. Je souhaite faire de ma passion une activité professionnel et désire lier mes croyances spirituelles à mes besoins matériels. Plus j’en fait, et plus je découvre que j’en ai à apprendre.

Je me sens comme un bébé prêt à me redécouvrir et à apprendre de chaque jour nouveau qui me sont offert.

14) Quels conseils aurais tu a donné à la nouvelle génération ?

Il n’y a pas de hasard dans la vie, alors si vous avez été touché comme je l’ai été par cette culture ou une de ses disciplines, c’est qu’elle porte un message très important pour vous à découvrir et à transmettre. Allez à la source des choses. Cherchez des réponses. Posez les questions aux personnes qui sauront vous répondre, et si vous n’êtes pas satisfait continuez. Suivez votre intuition et aller directement à la source des choses pour comprendre et apprendre de ce qui vous anime, vous gagnerez énormément de temps. Restez sincère et maître de vous-même. Quoi que vous recherchiez, allez-y à fond et vous le trouverez. En chemin, vous vous redécouvrirez. Et surtout profitez du voyage 😉

15) Un dernier mot ?

Ce que j’aime le plus dans ce mouvement, c’est la création d’idées positives. L’expression d’inspirations. La conscience et la confiance individuel que le Hip Hop permet de développer. Nous sommes tous créateurs et avons le pouvoir de mettre en place nos rêves, vivre la vie selon notre souhait le plus profond. J’encourage tout le monde à écrire, parler, chanter, danser, dessiner, et exprimer très sincèrement et par toute les formes qui l’inspire, ses idées, convictions, inspirations, dans la mesure où elles sont positives.

Nous sommes tous confronté à des dilemmes, parfois nous échouons, parfois nous gagnons, mais finalement avec un peu de recul on se rend compte que quel que soit notre choix c’était toujours le meilleur. Alors ne doutez pas, vivez pour vous, faites ce que vous aimez, prenez des risques, sortez de votre zone, soyez simple, spontané. En tous cas, c’est ce que je me souhaite à moi-même.

Pour finir, je rends à Dieu le cadeau qu’il m’offre, la vie, le seul digne de louange, et remercie également Fado ainsi que toutes les personnes investies pour ce qu’elles croient juste. Merci Dieu pour ce cadeau, la vie, la santé, et les infinies bénédictions que tu m’apporte. Que la paix soit sur vous tous.

Afin de rendre le crédit aux plus anciens et notamment à mes enseignants, inspirations, mentors. J’ai posé la question à Batch, fondateur de TBB, à propos de la notion de crew, sa réponse résume le fond de ma pensée.

Batch TBB : «…And my personal point of view of the essence and purpose of a crew is about loving what you do, mastering the art forms and spreading the gift of the culture and being a humble man who is willing to spread the love and sharing that special knowledge that you have accomplished. Teacher the arts and encouraging others that contains that same passion we have for our culture is what the essence of rocking is all about in a special form. We master the art form of rocking as we continue to remind our selves that we are still students still in a great mission to learn more and teach more. »

Traduction : «… Et mon point de vue personnel sur l’essence et le but d’un crew est d’aimer ce que vous faites, de maîtriser les formes d’art et de diffuser le don de la culture et d’être un homme humble, disposé à répandre l’amour et à partager ce savoir que vous avez atteint. Enseigner les arts et encourager les autres qui partagent la même passion que notre passion pour notre culture est l’essence même du rocker sous une forme particulière. Nous maîtrisons la forme artistique du rocking tout en continuant à nous rappeler que nous sommes toujours des étudiants et que nous sommes toujours dans une grande mission d’apprentissage et d’enseignement. »

Pour en savoir plus :

Merci à Rémi pour son pour son temps et sa gentillesse, on lui souhaite beaucoup de bonnes choses. 🙂

Fado

Fondateur du site Not Only Hip Hop

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