Martine Barrat est dans la Place ! La photographe française du Boogie Down Bronx des 70’s à découvrir à La Place Hip Hop

Martine Barrat une grande artiste au grand cœur à découvrir à La Place, Centre Culturel Hip Hop

 C’est l’histoire des gangs, il y a des sourires, des expressions festives, des yeux pétillants, des regards sincères photographiés d’un cœur et d’un regard intègre. Il y a de la complicité dans la complexité. Certaines personnes pourraient trouver cela laid ce serait insulter la vérité, déguiser et masquer le vrai. La beauté du vrai est ici. Des visages souriants, des corps en mouvement et des gravas, Madame Barrat photographie la beauté et la richesse humaine. Nous sommes à la naissance du Hip Hop et la photographe en est la témoin.

Ce jeudi 11 octobre 2018 dans le cadre de l’Urban Film Festival avec la complicité de La Place, Centre culturel Hip Hop se tenait la projection du film Getting Lite et le vernissage de l’exposition South Bronx de Martine Barrat. La photographe porte une combinaison dorée et une banane rose qui brillent et un très beau sourire.

Une exposition des photographies de Martine Barrat 

L’exposition nous montre quelques très beaux clichés de la série South Bronx, nous sommes dans les années 70, durant 6 années Martine Barrat photographie les Roman Kings et les Ghettos Brothers. Il y a une touche et un grain dans la photographie, une complicité avec les humains : les adultes comme les enfants. C’est vivant, sincère et beau. C’est comme si nous ouvrions un livre d’histoire(s) ou un livre où nous accompagnons des personnages. Nous voyons des scènes de vie du quotidien. Nous pouvons observer l’attention qui nous vient des deux regards portés, celui de la photographe et celui de ses personnages des gangs. Les boites aux lettres regardent les danseurs et leurs mains gantées : bouger, danser, échanger tel une danse de contact. Et comme l’exposition est à La Place, les danseurs font de même devant les photographies de Martine Barrat une quarantaine d’années après. La Place c’est où il fallait aussi être là « Les Halles » donc  une symbolique. C’est ici dans le Bronx qu’est né le Hip Hop et la grande Martine Barrat est une témoin Française de cette genèse, une belle histoire en devenir. Des choses se trament. Deux petites têtes encapuchonnées marchent en se donnant la main et vont vers le futur, ensemble vers un avenir certain. Un enfant fait rouler un pneu d’autres jouent de la musique. D’autres petits personnages sautent ou jouent dans des flaques miroirs de la réalité.

« Vous savez, je n’ai jamais voulu être photographe, c’est arrivé par accident ». Gilles Deleuze et Felix Guattari ses amis philosophes lui offrent sa première caméra. Par le biais de rencontres, elle filme et laisse les gangs de South Bronx se filmer. Ils deviennent ses amis, sa famille tout comme à sa caméra. Et puis, Martine se fait voler par un voisin cette fameuse caméra. Elle témoigne de la tristesse de ses amis et la sienne car ils avaient perdu leur outil de travail et beaucoup d’archives. Quelques jours plus tard, le chef des Roman kings, Pearl, lui a offert son premier appareil photo. «  C’est comme ça que je m’y suis mise ». A noter que l’artiste Brésilien Helio Oiticica est un témoin de ces moments avec cette caméra et un très grand-ami de Madame Barrat. Des photographies de Monsieur Oiticica donne à voir la complicité, l’amitié, les scènes de partages, de travail avec les gangs et la photographe. Ces moments où l’on voit esquissés des sourires radieux sur les lèvres de chacuns. «  Il y a que de l’amour dans mes photos du Bronx. C’est pour ça qu’elles ont dérangé les gens, qui voudraient que les pauvres n’aient pas d’amour entre eux. »

Nous retrouvons dans cette exposition, des archives, des expressions de South Bronx, un lexique, des mots et leurs définitions. Le tout est présenté dans un collage numérique avec de petites notes de définitions manuelles comme écrites au Bic dans un carnet ou sur une page blanche. J’en ai profité pour faire quelques croquis.

Gilles Deleuze a écrit à Martine Barrat. «  Il me faudrait une vie pour écrire sur tes photos » Cette exposition nous montre pourquoi cet homme a écrit cela et sur cette petite quantité de clichés je suis sur que je ne suis pas la seule à vouloir en voir plus. Cette exposition est visible à La Place, Centre Culturel Hip Hop jusqu’au 24 Novembre. Il faut vraiment y aller pour se rendre compte de la force que véhiculent ces photographies.

Le Film Getting Lite

Le film Getting Lite est une oeuvre de partage entre un groupe de danseur du métro de New York et Martine Barrat. Nous les voyons aller de rame en rame, de mouvement en mouvement jouant à mettre en jeu l’espace commun qui est le métro pour se donner à leur art de la danse Hip Hop. Ces jeunes hommes dansent au sol, aux barres qu’offre le métro. La complicité est là entre les danseurs et s’installe avec les passants, ça chante, ça danse, ça discute ça souris, ça interroge , ça échange c’est important cela dans la vie. Nous entendons Michael Jackson. Nous pouvons voir leur évolution, ils nous expliquent leur vie, la décrivent, nous content leur passion avec leurs formulations. Cette fois, Martine Barrat filme avec son téléphone portable. Parfois, nous lisons sur les regards des personnes dans le métro, des sentiments différents comme la méfiance envers ces jeunes danseurs comme si le danger aller leur arriver sous le nez. D’autres passagers deviennent de vrais complices tchek les danseurs, chantent ou se mettent à danser. Les paquets de billets récoltés nous montrent l’art de la débrouille. Cet art permet de faire vivre leurs mamans, leurs sœurs, leurs femmes et d’acheter des couches pour leurs bébés. La joie est là. Tu peux danser dans le métro et passer à la télé, tu peux danser dans le métro et avoir aussi un travail à côté. La performance est belle et parfois dangereuse. Il ne faut pas se faire arrêter. L’un des danseurs souligne que le fait de danser ce n’est pas dealer et quand bien même tu peux être arrêté pour le simple fait de danser. C’est montrer que tu peux commencer à danser dans le métro et faire autre chose dans la danse que certains trouverait plus noble. Mais l’addiction n’est sans doute pas la même, cela doit être un défis comme les graffeurs graviter et explorer les souterrains.

Parfois au long du film nous avons l’impression de rentrer dans le métro, nous avons l’impression d’être avec eux. C’est la puissance du regard que porte et nous fait partager Martine Barrat donner , au mieux la réalité de la vie des humains, de ces êtres et cela toujours avec le coeur. C’est ce regard qui observe la vie avant de capter un moment, sentir les choses avant de les faire partager avec le spectateur. Martine Barrat nous fait tellement partager ces moments que nous avons envie de les applaudir pour saluer leur performance. Nous ressentons le côté festif et positif du Hip Hop.

 

Les mots de Simone de Beauvoir et les mains de Martine Barrat

Pour l’anecdote, je vous confie une touche personnelle. Quelques jours après avoir vu et était au rendez-vous du 11 octobre à La Place, je me suis rendue à la manifestation contre le déni de justice. Je photographie, filme et enregistre des sons lors de ces rassemblements. En photographiant avec mon portable, j’ai vu une dame avec une casquette rouge. Martine Barrat filmait et Assa Traoré s’exprimait. J’ai observé, j’ai trouvé cela beau, plein de sens et de tendresse. La photographe s’approchait des mains déterminées, de l’index démonstratif et actif d’Assa traoré s’adressant aux personnes face à elle. Je vais retrouver des mains plus loin chez Madame Barrat. Il faut savoir que Simone de Beauvoir à écrit : Martine Barrat m’a mise au courant de ses projets et communiqué une partie de sa documentation. Son travail me paraît des plus haut intérêt il aidera à faire tomber des barrières qui malheureusement se dressent contre les divers groupes humains. Et je la pense tout particulièrement qualifiée pour la mener à bien. » Je trouve que cela se reflète et s’accompagne très bien de liens humains. Je voulais aller la saluer, et je ne l’ai point retrouvé.

Martine Barrat et les mains… ses mains qui s’approchent des autres mains. J’ai retrouvé des mains dans une vidéo « Woman is Sweeter », où la vidéaste filme Yves Saint Laurent qui a collectionné ses photos et a écrit lui aussi de très belles choses sur son travail reflétant sa personne. Gordon Parks et Martin Scorsese ont préfacé son livre « Do or Die » sur le monde de la boxe à New York.

 

Les rencontres et un mouvement artistique

J’ai parcouru, voyagé sur le site de Martine Barrat. Vous pouvez y trouver ses autres séries de photographies, l’une d’entre elle se nomme Paris La Goutte d’Or, Yves Saint Laurent, il est question encore de cœur, du regard des humains et de mouvements. Dans ses portraits de personnalités, nous pouvons retrouver Run D.M.C., Marguerite Duras, James Baldwin, Gordon Parks, Alain Resnais, Robert Doisneau, Grace Jones, Bob Marley, Martin Scorsese, etc. Elle a signé plusieurs pochettes CD, des campagnes publicitaires.

Depuis 2008, Martine Barrat n’avait pas exposée en France. Quel dommage pour nous en quête de notre histoire culturelle et donc humaine. Et quand nous sommes passionnés ou artistes, il est bon et beau d’avoir des repères vivants qui puissent nous conter leur vie riche de rencontres, de faits, de passion et d’art. Martine Barrat est une partie de notre Histoire de l’art du mouvement Hip Hop. La dernière exposition était à la Maison de la Photographie à Paris et se nommait « Harlem in My Heart. »

Un jour peut être si cela n’existe pas déjà ses photographies et vidéos seront étudiées pour creuser l’historicité du Hip Hop, des conditions sociales, l’étude des gangs, les styles vestimentaires et leurs langages.

Une exposition, un film et une grande artiste au grand coeur à découvrir à La Place, centre culturel Hiphop.

Pour aller plus loin, vous pouvez regarder le documentaire sur l’histoire des gangs Rubble Kings,  un documentaire de 2015 réalisé par Shan Nicholson.

Morgan Le Cam, Octobre 2018


Pour plus d’informations :  Exposition Martine Barrat à La Place, centre culturel hip hop jusqu’au 24 novembre – Gratuit

  • La Place, centre culturel hiphop  : https://www.facebook.com/LaPlaceHiphop/
  • Teaser de l’exposition : https://www.youtube.com/watch?v=0SknW7hHfyw
  • Site de Martine Barrat : http://www.martinebarrat.com

Mes projets sont rassemblés sur des analogies poétiques entre l’abeille, l’homme et les cultures populaires, en particulier le Hip Hop.
Nous pouvons voir dans mes travaux des empreintes à la sociologie, la littérature, à l’histoire de l’art du cinéma, de la musique, de la danse, de la mode en particulier celle du sweat à capuche qui me passionne et habille certains de mes projets.
Les choses sont amenées d’une manière poétisée par des compositions, des couleurs, des mots des phrases et des histoires.
Des bases de données permettent de donner forme à mes projets plastiques. J’utilise les formules du dessin, de l’installation, de la couture, de la peinture, de la performance, de la sculpture, du texte, du dessin vectoriel et de la broderie dans le but de transmettre et de partager.

Morgan Le Cam

Mes projets sont rassemblés sur des analogies poétiques entre l’abeille, l’homme et les cultures populaires, en particulier le Hip Hop. Nous pouvons voir dans mes travaux des empreintes à la sociologie, la littérature, à l’histoire de l’art du cinéma, de la musique, de la danse, de la mode en particulier celle du sweat à capuche qui me passionne et habille certains de mes projets. Les choses sont amenées d’une manière poétisée par des compositions, des couleurs, des mots des phrases et des histoires. Des bases de données permettent de donner forme à mes projets plastiques. J’utilise les formules du dessin, de l’installation, de la couture, de la peinture, de la performance, de la sculpture, du texte, du dessin vectoriel et de la broderie dans le but de transmettre et de partager.

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