Interviews croisées avec 2 légendes de New-York b-boy Float et b-boy Break Easy

Nous voulions vous faire un retour en arrière avec ce nouvel article, « Breaks And Bridges Une Autre Histoire Du B-Boying Aux Etats-Unis Interviews Croisées En Direct De New York ».

Un article rédigé aux alentours de 2008 et qui par l’intermédiaire de Wary The Warrior (ancien rédacteur du magazine Graff It) revoit le jour au format web en 2021.

Cet article qui n’existe pas sur le web est une exclusivité Not Only Hip Hop et permet de revenir sur la philosophie du break des années 80 avec deux b-boys américain légendaire, Break Easy du groupe Breakin in Style et Float du groupe Incredible Breakers (Repose en Paix).

Un remerciement spécial à Marion Chevassus pour la rédaction de cet article et Olivier Jacquet, rédacteur en chef de Graff It (Magazine qui n’existe plus).

Breaks And Bridges

Une Autre Histoire Du B-Boying Aux Etats-Unis

Interviews Croisées En Direct De New York

Un saut de vingt ans en arrière, pour se plonger dans les années quatre-vingt, fondatrices du B-boying et pourtant destructrices ; du fait d’un business trop étouffant. Entre continuités et ruptures, voici une autre histoire du B-boying aux Etats-Unis.
Float est un Bboy légendaire à New York, il a influencé toute la génération européenne en inspirant Storm et Battle Squad dans les années 1990. Il revient sur la scène après 10 ans d’absence, interview exclusive !
Break Easy est un Bboy connu de tout New York pour avoir enseigné sa discipline et entraîné plusieurs générations de New Yorkais en break et en Rocking. A Mac Carren Park, il forme encore des Bboys venus du monde entier.

BREAK EASY, AKA SUAVE « Breakin in Style (BIS) »

J’ai commencé par popper avec les Poppin’ Unlimited en 1978 à Brooklyn (New York), je faisais surtout des Waves (vagues) et des Rubikscub (Tétris). On s’est allié en 1979 à un crew nommé Northside Breakers pour devenir Breakin In Style (B.I.S.).

J’ai appris mes premiers mouvements de B-boying avec Bean, un afro-américain du crew des Cooper Boys. Il trainait avec le Mastermind Crew. Il s’entrainait au Cooper Park, à proximité de Mac Carren Park à Brooklyn, là où j’ai grandi. J’ai commencé par apprendre le six step et le handglide (tour sur la main). A partir de là, j’ai développé de plus en plus de moves, jusqu’à devenir un Bboy plutôt complet.

« On apprenait en se défiant »

A l’époque, il fallait montrer que l’on savait danser, pour pouvoir séduire les filles de notre âge. Il fallait connaître plusieurs danses pour ne pas être complètement démuni aux soirées. Quand une musique propice venait à être jouée, c’est là que l’on passait au sol pour montrer de quoi on était capable. Les battles avaient lieu dans la rue le plus souvent, c’est arrivé que des crews se croisent et se défient de façon spontanée comme dans le film Beat Street. Mais en général, on venait se défier sur les lieux d’entraînements (parcs publics, impasses vides). Les battles permettaient de se confronter aux crews des autres quartiers, aux autres styles, on apprenait en se défiant. Celui qui perdait se remettait en question, et travaillait les mouvements qu’il avait vus chez l’équipe adverse pendant la confrontation.
On n’avait pas de gros événements comme aujourd’hui, par contre il y avait des jams régulièrement. On pouvait aussi décider d’aller en boîte, de danser là-bas, et si on tombait sur un crew adverse, ou d’un autre quartier, on le prenait en battle.

« Chaque quartier avait sa spécialité. »

On dansait sur The Mexican, Down by Law, Rock it in the Pocket (la version disco), Roxanne de UTFO, Big Beat de Belize Squire, MC Shan et KRS One, mais aussi de l’electro comme Jam on It qui venait d’arriver à l’époque.
Au début, tout le monde s’est mis aux footworks*, en particulier à Brooklyn, parce que c’était une suite logique du downrocking* que l’on pratiquait beaucoup dans la tradition du Rocking, transmise par les gangs. Les autres quartiers de New York avaient chacun leur spécialité, le Bronx avait de très bonnes phases, le Queens était plus gymnique et a amené les spins (tours), Manhattan combinait tout et ajoutait des flips.

« Le phénomène est devenu incontournable »

Le B-boying s’est dévoilé au grand public avec les films Flashdance et Beatstreet. Les publicités qui voulaient donner une image plus urbaine de la marque ont fait danser des Bboys comme les Body Mechanics. Adidas était une marque urbaine très prisée dans les quartiers, tout le monde coloriait les bandes, customisait les accessoires. La marque a repéré cela et s’est donnée alors une orientation plus ghetto. Idem pour Puma, on se défiait pour une paire de baskets. Certains qui étaient très bons en battle arrivaient à avoir la tenue complète, à force de gagner. Le B-boying est devenu un business en 1984 à mon avis. Il était déjà partout à New York, à la télévision, dans la rue, dans la tête de tout le monde. Les films sur les côtes Ouest et Est avaient aidé à développer le phénomène qui était devenu incontournable. Mais il s’est rapidement essoufflé. Et en 1986, il s’est épuisé. Les adolescents avaient vieilli, ils devaient assumer leurs responsabilités, les autres en avaient marre et étaient passé à autre chose. Le B-boying est revenu dans la rue, comme aux origines.

« Le conflit entre les vendus et les vrai Bboys »

Une fois que les Bboys étaient passés à la télé, on les appelait des « stage Bboys », c’est à dire faits pour la scène. Rock Steady Crew par exemple est devenu commercial. Ils sont passés de la rue à la lumière des projecteurs pour faire des showcases. D’autres crews les ont rejoints, les New York City Breakers, les Dynamic Breakers. Ils étaient invités, entre autres, pour faire la promotion de tel ou tel élu politique, pour le rendre plus populaire. Il y a eu alors un conflit entre les « vendus » et les « vrais » Bboys.

« Je suis resté underground »

J’ai dansé à Brooklyn et je suis resté underground. A l’époque, il y avait Powerful, un gymnaste afro-americain, des Powerful Aeromaniacs, il y avait les Futuristic Rockers de Coney Island, les Together we Chill que nous avons défié avec BIS. Les Harman Breakers de Bushwick… ils n’étaient pas très bons, mais ils représentaient, ils étaient là, quoi. Il y avait les Spin Masters, les Another Fresh Creation de Fillmore street, les Street Just Us dont a fait partie Buz (actuel rocker et DJ, Touch of Rock). Les Scrambling Feet Incorporated de Brooklyn étaient un chapitre du crew originaire de Manhattan, et du coup, ils nous ont fait connaître le style propre à leur quartier, ils faisaient beaucoup de ponts, de tricks dans leurs footwork, de flips.

« Dress to Impress »

On disait toujours que « la musique était la clé » pour gagner une compétition. Il fallait toujours avoir de nouveaux mouvements pour surprendre ses adversaires. Pour gagner un battle, il y avait deux choses importantes : la façon dont on était habillé : « Dress to Impress » (la tenue qui tue) et avoir un style unique. Il fallait faire de son mieux et si possible, ne pas tenter de nouveaux mouvements dont on n’était pas sûr, il fallait contrôler le battle. A l’époque on mettait un jean avec un mockneck (sous pull col roulé en nylon) ou un débardeur, une paire de baskets (des pumas, des superstars…), un Kangol sur la tête ou une Doo-Rag. On avait aussi ces K-Way repliables dans une poche que l’on portait autour de la taille. On mettait parfois des tenues chinoises avec les chaussons, comme dans ces films d’art martiaux avec lesquels on a grandi.

FLOAT « Incredible Breakers »

Avant de me mettre au B-boying, je trainais avec des rockers (membres de gangs qui pratiquent le Rocking, ndlr) avec qui je dansais. Je suis originaire de New York, du Lower East Side à Manhattan. J’ai commencé à danser vers la fin des années 1970, autour de 1978-79, non pas dans un crew, mais avec des amis. Mon premier vrai crew a été les Royal Rockers, puis les Incredible Breakers en 1982, pour qui j’ai toujours représenté depuis. Je trainais aussi avec les Breakmasters, et j’ai dansé avec Magnificent Crew.

« They put me on fire* »

Personne ne m’a vraiment montré les bases, j’ai appris tout seul en regardant les autres faire, par contre, j’ai été véritablement inspiré par d’autres danseurs. Par exemple Kid Freeze (Dynamic Breakers, Queens, NY), Chino et Brian (Incredible Breakers, Manhattan, NY), Icey Ice (NYCity Breakers, Bronx), Fastbreak (Magnificent Force, Bronx/Manhattan). Ce sont eux qui m’ont donné envie de danser, ils mettaient le feu. Je suis devenu connu pour mes headspins*, mes hollowbacks*, mes tracks*… J’avais de bonnes combinaisons de phases, j’étais dynamique et très créatif, c’est ce que les gens ont bien aimé.

« Une énergie démesurée »

L’atmosphère à l’époque était particulière, on mettait une énergie démesurée dans le B-boying, la scène était constamment en effervescence. Il y avait un truc génial que l’on ne retrouve plus aujourd’hui, c’est le fait d’être toujours surpris. Etant donné qu’il n’y avait pas de caméra, ni toutes les technologies de maintenant, les Bboys n’avaient l’occasion de voir les nouveaux mouvements que lors des battles. Du coup, à chaque rencontre, tu te prenais une gifle. C’étaient des cercles où chacun avait un style différent de l’autre. Des phases sortaient régulièrement, des enchaînements mortels qu’on n’avait jamais vus auparavant. Il n’y avait pas cette homogénéité actuelle due à internet, et qui fait que tout le monde connait les passages des autres. J’ai adoré cette scène des années 1980 en Bboying et en Rocking.

A la fin des années 1980, j’ai déménagé à Boston, c’était plus calme, j’avais besoin de repos. New York est toujours en ébullition, c’est une ville qui vit toujours à son maximum, la vie y est fatigante à force.

Lexique :
*footwork = jeux de jambes au sol
*dowrockin = équivalent des footworks dans la discipline du Rocking
*They put me on fire = ils m’ont surmotivé
*headspins = tour sur tête
*hollowbacks = perche cambrée tenue en force
*tracks = couronne

Wary The Warrior

Bboy. Rockdancer. Dancer. Choreographer.Writer. Teacher.Student. Globe-trotter. Based in France . KOSSASSINS

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