DES ACTES D’ÉCRITURES : À la rencontre de trois livres et quelques réflexions par Morgan le Cam

En ces temps, pourquoi ne pas éveiller la curiosité. Les diviseurs sont dans les téléviseurs ou sur twitter. Ils mâchent, prémâchent, rabâchent des mots, les mêmes mots que leurs alliés mâchent. Même leurs ennemis mâchent les mêmes mots. Ca marche, ça rabâche dans l’entre soi. Les stratégies sont malsaines. Il y a l’image et cette phrase bateau « diviser pour mieux régner », le bateau est presque réel comme la phrase : Nous coulons. Leurs mots tombent dans des oreilles bouchées pour les paroles précieuses, celles de ceux qui veulent boucher les trous au moins pour expliquer de manière historique, sociologique et sociale comment colmater au lieu de mater ou de démâter.

Il est encore question de temps, il nous accompagne, nous régule. Même pendule et trop de décalages horaires avec beaucoup de manière de faire pour les assommeurs à l’ascension parfois rapidement spectaculaire. Nous sommes nombreux non crédules pour être réglés à leur pendule.

En ces temps, ces objets aux multiples feuilles assemblées sont de merveilleux compagnons. Comme nous, ils portent de multiplient caractères pour former un collectif. Les caractères n’ont pas les même déliés, les même formes, les mêmes yeux, les mêmes jambages, les même contreformes, les mêmes boucles, les mêmes pleins et vides, les lignes de pieds sont bien sur terre. J’emploie la description du caractère : la lettre. Ces objets, nous pouvons passer du temps avec eux. Nous pouvons les ouvrir à la feuille qui nous convient au hasard de leurs mouvements et de la vie. C’est un endroit où nous pouvons réfléchir seul, parfois seul entouré de monde et grandir. C’est un objet de partage, un objet parfois précieux et parfois de troc.

Je parle des livres.

Nature vivante #1 – 2021 Crayons de couleur sur papier 21 x 29,7 cm

 

Vous parler de livres :

J’ai rencontré trois livres différents et tous aussi différents que vous êtes, il y en a bien un qui va vous séduire. Ils ne se ressemblent pas mais le Hip Hop les rassemblent. L’acte de l’écriture les assemble. Ces livres sont comme ce mouvement artistique, social et culturel, ils vont là où on ne les attends pas.

J’ai choisi de vous parler de livres avec lesquels j’ai passé du bon temps. Je me suis dit que cela pourrait vous intéresser, vous émerveiller, éveiller votre curiosité, égayer votre journée, et des journées vous rassurer auprès d’eux. Nous avons besoin d’être ensemble. Ces livres ne sont pas des objets nombrilistes, il y a du collectif. Et comme l’idée de semer n’est pas ou point individualiste, dans ces temps de lectures ont sème des pensées pour ceux qu’on aime. Le droit toi…

Je vois des liens entre ces trois livres.

Des temps écrits Hip Hop, toujours :

Cela fait plus d’un an que nous nous posons des questions parfois avec ou sans les autres. Comment ne pas encore plus penser aux autres en ayant une culture se jouant de sincérité dans le collectif ? Artistes, activistes acteurs du mouvement, cette nécessité d’aller voir les autres, les personnes qui nous inspirent, nous élèvent, nous rencontrent, nous détestent, nous aiment, nous révèlent, nous grandissent. Nous avons perdu beaucoup de personnes dans le mouvement ces derniers temps qui nous on fait tous cela… Il semble être compliqué de ne pas voir ceux qui nous animent les êtres vivants, une exposition, la rue, les feuilles, la terre, un concert, la montagne, un spectacle, l’eau qu’elle soit celle de la rivière, d’un fleuve ou de la mer. Ne pas sentir cette eau de pluie sur nos visages ou les larmes de rire sur nos joues en bonne compagnie, ne pas sentir le vent caresser son visage ne pas sentir ses cheveux bouger, danser avec lui, des mois de vents pourtant…

Nous sommes des êtres, sensibles et poétiques. Toutes les disciplines passent par l’écriture ou son geste pour mémoriser, chercher, analyser… Nous, les artistes, les êtres Hip Hop avons chacun nos méthodes pour obtenir une riche création.

Alors il y a des livres, des cds, des podcasts, des écritures de danse, et des dessins qui font réfléchir à tout cela. Nous sommes créativités et nous prenons compte de nos actes : écrire notre histoire. Les pensées sont généreuses dans un monde toujours un peu en suspends et séduit par l’individualisme. Des idées sont vénéneuses. Des belles paroles n’ont duré qu’un temps en annonçant le monde d’après. Le monde est le même pour les vrais vivants voir pire, les slogans sont les mêmes et le même rappeur de cœur se fait polémiquer par les diviseurs toujours. Il y a pourtant à ce qui parait des « Mondes Nouveaux », il y a ceux qui séduisent la cour pour les moulures et l’or toujours. Il y a les personnes qui rassemblent, celles même qui scandent toujours. Il y a ceux qui donnent des leçons de leur version pour diviser toujours. Il y a ceux qui postent bêtement leurs vies pour combler un vide sans en voir les conséquences toujours. Il y a ceux qui pensent avoir raison en se saluant dans l’entre soi toujours. Il y a ceux qui veulent exister « avoir un nom » avant d’avoir même quelque chose de vrai et de qualité à délivrer au monde toujours. Il y a ceux qui parlent de valeurs mais ne respectent pas leurs paroles pour être plus vendeurs toujours. Il y a ceux qui veulent une nature verdoyante en voyageant en avion sans raison si ce n’est poster un cocktail avec piscine s’affichant toujours. Il y a la culture et ses artistes auteurs toujours au ralenti avec l’envie de foncer pourtant. Et puis, il y a des monstres qui pompent les artistes toujours, parce que les monstres trop nombrilistes ont besoin de nos fraicheurs toujours.

Dans l’acte, de la lecture et ce temps d’écriture, je pensais aux artistes, aux activistes Hip Hop se documentant, lisant, bougeant, graffant, rappant, dansant, dessinant se rassemblant comme ils peuvent où ils peuvent sans se faire encore une fois interdire le lieu ou l’endroit à l’intérieur ou même à l’extérieur. Des livres en parlent. Nous sommes curiosité. L’acte, nos actes, nous grandissons ensemble, depuis des années dans notre mouvement, dans notre culture et cela est lié à nos vies, nos idées, nos points de vues et nos vies à tous compte. Nous sommes une richesse pour l’avenir brillant « cling cling clinquant » et cela profondément. Et comme nous sommes beaux notre beauté est récupérée pour séduire, ou pour nous anéantir… 2 salles – 2 ambiances. Nous écrivons l’histoire, nos histoires pour les partager et transmettre.

Dans nos actes, nos récits, nos paroles, les mots évoluent, nous faisons depuis des générations évoluer la langue.« Wesh » ne vient pas de nul part… ce mot, sa définition et son étymologie sont dans le dictionnaire d’Alain Rey et Disiz La Peste. Les mots évoluent toujours quitte à foutre le « seum » à certains détracteurs.

Nature vivante #2 – 2021 Crayons de couleur sur papier 21 x 29,7 cm

Quand le Hip Hop et le droit se lient ensemble :

Droit(s) et Hip Hop est un ouvrage universitaire mené sous la direction de Arnaud Montras avec une préface dOlivier Cachin. Le premiers est Maître de conférences en droit privé et sciences criminelles à l’université de Bretagne Occidentale, où il co-dirige la licence de droit parcours marché de l’art. Le second vous le connaissez sans nul doute. Ce livre est intéressant, il lie le droit et le Hip Hop. Il peut se lire au commencement au milieu dans l’entre deux, en tout les cas il vous guidera et vous éclaira.

Toutes les disciplines du Hip Hop y sont présentes. Nous connaissons de nombreuses « affaires »  sur le rap, les auteurs nous guident vers les détails des affaires parfois liés au média, un autre tribunal. Il y a le graffiti, le tag, le breakdance, les samples, les punchlines. Les choses sont liées aux politiques ou à la politique, à la liberté d’expression et vous vous en doutez à la police. Nous retrouvons également des approches dirigés vers le marché de l’art, l’ordre public et la justice. Nous pouvons dire qu’il est question de sciences sociales. Dans cet ouvrage universitaire il n’y a pas d’opposition entre le droit et le Hip Hop, il  montre comment ils évoluent ensemble.

Nous retrouvons Emmanuelle Carinos pour une ethnographie d’une audience. C’est toujours un plaisir de découvrir ses travaux. Elle a été co-organisatrice du séminaire La Plume et Le Bitume à l’ENS, elle est rédactrice pour l’Abcdr du Son. Emmanuelle Carinos est doctorante en sciences sociales à l’université Paris 8 Saint-Denis-Crespa ; sa thèse porte sur le rap français et la question de la violence. Elle avait d’ailleurs présenté une enquête de terrain brillante au CNRS lors du Colloque du RT14 et du RT24 de l’AFS portant sur le procès de Jo Le Pheno.. Nous retrouvons également Karim Hammou sociologue Chargé de recherche au CNRS. Karim Hammou travaille sur les rapports de pouvoir dans les industries culturelles. Il est auteur de l’indispensable « Sur un son rap ». Il avait donné une conférence, marquante pour ma part, il y a quelques années au Quai Branly en 2017 : RÉVOLTES POSTCOLONIALES ET MÉMOIRE DANS LE RAP FRANÇAIS (1992-2012). Ici, il nous éclaire sur l’affaire Orelsan. Vous avez pu croiser Emmanuelle Carinos et Karim Hammou au séminaire Conçu pour durer et Fight the Power au CNRS qui se tient une fois par mois.

Quand on lit ce livre sur le droit cela nous ramène à notre histoire du Hip Hop. Il est question de transgression entre un mouvement et une autre discipline le droit à chacun ses entrainements.

Nature vivante #3 – 2021 Crayons de couleur sur papier 21 x 29,7 cm

 Une œuvre coup de cœur :

D’abord il y a ce coup de cœur. un livre ou plutôt une œuvre collective. Un coup de cœur de bonheur pour une artiste comme moi qui dessine et ayant un univers Hip Hop. Cette œuvre collective ce nomme Au nom du Rap. Elle a été imaginée par Elena Copsidas. En découvrant cette pièce, je n’ai pu m’empêcher de la féliciter. En cette période entreprendre de belle chose ce n’est pas simple alors il faut soutenir. D’autant plus qu’en étant Hip Hop. Il faut encore une fois accompagner plutôt que suivre…

Nous trouvons sur les pages de cette œuvre des poèmes de rappeuses et rappeurs. Leurs poèmes sont complétés par des illustrateurs. En tant que lecteur-spectateur de cette pièce, nous prenons part à cette œuvre collective. Les rappeuses et rappeurs sans production musicale ont du répondre à des thèmes, ces thèmes ont été suggéré par Elena Copsidas : bleu, brut, mur et muse. Elle a alors proposé à des artistes d’écrire un poème avec ces mots, durant un an. Après avoir récupéré les textes, elle a proposé à des illustrateurs de les interpréter. Son idée était de faire de ce livre « un petit objet d’art unique et singulier », ce qui est réussi. «  Au-delà d’une démarche artistique inédite pour les artistes eux-mêmes, il s’agit aussi d’éveiller chez les jeunes un goût pour la poésie et la littérature en leur faisant découvrir des textes d’artistes qu’ils comprennent et qui les comprennent, et de donner à tous l’envie de partager un objet marqueur de notre génération et notre histoire. »

Cette œuvre unique fait sincèrement du bien. Elle est belle. La poésie nous donne une autre approche d’écriture, une autre vision de la plume des artistes présents. Peut-être que l’absence de voix et son contribue à cet effet, peut-être. Cela m’a permis d’en redécouvrir d’une autre manière. Comme quoi encore une fois, l’histoire de l’art s’écrit et ce jeune mouvement artistique, social et culturel nous révèle bien des surprises. C’est beau et sensible. C’est une édition auto-produit.

La préface de Waly Dia A l’intention du Rap va vous parler. Nous avons tous une histoire particulière liée avec notre découverte du Hip Hop. Nous l’avons tous rencontré dans un moment de notre vie et en réalité nous nous souvenons comment la rencontre nous a fait du bien, l’évolution, la transgression, la passion. Comment il a affuté notre regard sur le monde et la vie. Comment il nous a fait découvrir l’humain et ce qui n’est justement pas écrit, parfois cela révèle le manque de contenu dans nos manuels scolaires. Peut importe la discipline nous avons une intime conviction de richesse historique avec des dates, des lieux, des personnes, des sourires, des peines, des styles, du cœur, des tristesses, des larmes de joie, de fou rire, des êtres sensibles, des conneries et cela est lié avec des rencontres et du partage. Il y a les basses, les médias qui dénaturent ou crachent à nos figures étincelantes, nous les étoiles : une sous- culture à l’image de sous humain.

Il n’y a rien de pareil, chaque être est poètique-poèsie. Parfois dans l’ouvrage, nous pouvons s’adonner à retrouver le thème, voyage dans les rimes du poète et les images subliment. Ca nous parle, il faut parfois retourner au dico et cela fait du bien au cerveau, la verbe, l’amour, la politique, des vies, des matières, l’état des lieux, des paysages, l’état du monde, la consommation des codes barres et de l’or.

Nature vivante #4 – 2021 Crayons de couleur sur papier 21 x 29,7 cm

La création au cœur d’un livre et de la vie

 Ce livre est sorti en avril 2021. Dans un temps où nous étions tous « calfeutré » dans le monde certaines personnes ont continué de travailler, certains ont pris conscience et noter le rôle majeurs des « invisibles ». Vite oubliés parfois, la preuve pour certains artistes. A ce propos quelques jours après la date de commencement de notre premier confinement Françoise Vergès a publié un beau texte a ce sujet. Le livre Connexion de Kae Tempest a été écrit durant cette période de la pandémie mondiale. C’est le livre d’une artiste qui a décidé de se renommer Kae.

Ce livre fait du bien. Dans cet ouvrage il est question de la création, la création encourage la connexion. La création est connexion. Nous rencontrons les liens que les personnes tissent entre elles aujourd’hui dans un contexte historique, politique, sociale, économique.

L’importance de la créativité est soulignée, Kae décrit sa richesse, ce qu’elle est. L’artiste nous raconte son parcours comme une quête de création philosophique et fait raisonner nos expériences humaines et artistiques dans notre époque donnée, en nous faisant remarquer tout ce qui peut nous parasiter pour ne pas nous connecter, et sans connexion pas d’inspiration donc pas de créativité. Cela montre l’importance de ce qui nous entoure et comment la rencontre – la connexion nous enrichissent nous nourrissent. Il y a la question du profit.

Artiste, artiste Hip Hop c’est comme un regard posé sur le monde, sur l’humain. Ici Kae nous parle de son expérience, comment les humains fonctionnent entre eux et comment les livres justement on nourrit ses réflexions ou l’ont faite grandir. Comment une pièce de théâtre, une salle de spectacle nous connecte. Il y a cette forme géométrique le triangle qui nous uni entre l’artiste, son travail, le spectateur et sa connexion – L’émotion partagé.

La construction du livre suit la démarche de l’artiste Kae Tempest. Le plan est lié à cela : Installer le matos- Balances-Portes-S’échauffer-Se lancer-Sentir que ça prend : la vie d’artiste.

Nature vivante #5- 2021 Crayons de couleur sur papier 21 x 29,7 cm

 

Les 3 livres artistiquement Hip-Hop :

 Disposés dans mon texte de cette manière dans la découverte des ces 3 livres, vous avez sans nul doute pu constater des liens. Ces livres sont Hip-Hop, parle du Hip-Hop. Il y a des mots, des analyses, des découvertes. Il y a l’évolution, elle est là car cette culture n’est pas morte et est constituée d’un passé, d’un présent et d’un futur. Les artistes sont là pour la nourrir, ils sont des «chercheures » pour reprendre l’expression du rappeur Médine lors de la rencontre à l’ENS dans le cadre du séminaire « La Plume et le Bitume ». Il y’a des chercheurs en sociologie mais aussi beaucoup d’autres disciplines s’intéressent au Hip-Hop. Dans cette idée, il est question de nommer les choses, d’analyser pour échanger, pour voir la construction. Parler de nous pour montrer notre richesse. Les artistes Hip Hop sont eux mêmes des chercheurs. L’analyse de chacun permet de trouver des ouvertures, de délivrer des expériences. De poser ou doser parfois un regard extérieur pour nous éclairer sur un thème, un artiste, une époque, un fait, un mot.

Il est question de Hip Hop, les termes : danses urbaines, musiques urbaines, arts urbains, ne sont pas signalés dans mes souvenirs. Nous sommes Hip-Hop. Le mouvement Hip Hop est en évolution et d’autres disciplines comme le droit évolue avec lui. Kae Tempest analyse la création, cela revient au lien avec l’écriture dont je parler au début. L’innovation d’un mouvement artistique comme la création du livre Au nom du Rap. Le baroque dure combien de temps ? Il a eu également plusieurs baroque. C’est du temps. Prenons ce temps, explorons le.

Chacun à son expérience, il faut écrire, se documenter – archiver. C’est à nous de créer des espaces où toutes les disciplines se croisent, se rencontrent et s’entremêlent comme dans un livre ou finalement la porte est ouverte les pages nous accueillent. Et pour les livres, il y a des éditions Hip-Hop, ils y a des plûmes Hip-Hop.

Le Lien entre l’analyse poétique, l’écrit : c’est raconter nos histoires, elles sont intéressantes, enrichissantes et reflètes nos multiples parcours ou parcours multiples. Nous donnons à voir nos idées, elle se croisent. Et puis, un livre cela circule, s’échange – c’est du partage autant que notre culture HH où la transmission est importante et présente.

Octobre – Décembre 2021.Morgan Le Cam

Morgan Le Cam

Mes projets sont rassemblés sur des analogies poétiques entre l’abeille, l’homme et les cultures populaires, en particulier le Hip Hop. Nous pouvons voir dans mes travaux des empreintes à la sociologie, la littérature, à l’histoire de l’art du cinéma, de la musique, de la danse, de la mode en particulier celle du sweat à capuche qui me passionne et habille certains de mes projets. Les choses sont amenées d’une manière poétisée par des compositions, des couleurs, des mots des phrases et des histoires. Des bases de données permettent de donner forme à mes projets plastiques. J’utilise les formules du dessin, de l’installation, de la couture, de la peinture, de la performance, de la sculpture, du texte, du dessin vectoriel et de la broderie dans le but de transmettre et de partager.

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