Interview du danseur et activiste DY : « Je ne pense pas qu’il y ait un Hip Hop idéal. Tu vis ton Hip Hop comme tu as envie »

  • Nom : Dy
  • Crew : RedRibbon Army – Evad Creation (Association) – Bled’Art – Blue Note
  • Localisation : Ile de France Est Coast
  • Winner : Juste Debout 2009 – Funkin Stylez (Me against music) – Battle Bad – Meltin’G – So concept – Circus Battle – Battle of Bobby

1) On ne va pas faire semblant : on se connait depuis un bail. Je t’ai déjà surnommé le Baudelaire de la danse hiphop : ta gestuelle laisse paraître différentes émotions, tu n’as pas ou peu de barrières, une immense créativité, un esthétisme certain et atypique…Tu n’as pas fait de la danse ta priorité mais ceux qui te connaissent bien savent que c’est un domaine où tu excelles. Que représente la danse, pour toi ?

La compétition, une façon de s’exprimer, se dépasser, connaître l’autre et surtout soit même.

Un route sans fin vers le mouvement et la musique.

2) A quel moment est-ce que tu t’es intéressé à la culture hiphop dans son ensemble et a-t-elle eu un impact quelconque sur toi ?

Je ne sais, j’ai suivi sans forcer, donc je dirais depuis mon adolescence, ça s’est fait tout doucement. En même temps les infos n’étaient pas aussi accessible que maintenant, lol.

Je pense que oui, mais je pourrai pas dire lequel, lol.

3) Cite-moi s’il te plaît, une chose qui t’agace au plus haut point dans le milieu hiphop en général, et une chose qui te rend hyper enthousiaste.

L’égoïsme… Chacun veut faire son évènement, avoir son petit quitte à en prendre un déjà formé, ne donne pas de clefs pour avancer mais pour avoir des copies voir des fans pour cultiver son propre business, etc…

La jeunesse… Pleine de choses à dire, pleine de combats à mener, pleine d’idées, de niveau, et d’ouvertures. Un jeune est le reflet de ce qu’on lui transmet, et fort heureusement il y a encore des gens qui sont dans la transmission pour le jeune et non pas par le jeune. Comme un produit marketing qu’on met en avant pour glorifier son travail par exemple.

4) Tu es l’un des organisateurs du festival Art’scenik, avec son célèbre battle éponyme. Au sein de ce dernier, les participants sont invités à danser sur tout type de musique (j’en ai même vu breaker sur le thème de La panthère rose). Ce battle fait sourire et réjouit les gens, on les voit rire et kiffer ensemble ce qui est purement hiphop (unity, havin’ fun). Est-ce qu’à un moment ou à un autre, ta team et toi avez pensé, peut-être même inconsciemment, aux valeurs de ce mouvement en cogitant sur l’événement ?

Pas du tout lol

On fait les choses avec le coeur et l’envie tout simplement. On essaie de mettre en place des projets, des concepts qui nous parlent avant tout. Et qui, si possible, peuvent mettre en avant l’artiste, la culture et le “coeur”.

Pour moi, on est hip hop par la façon de penser, pas par un slogan scandé pour faire vrai ou parce que c’est la musique que l’on écoute.

5) J’ai eu l’occasion de te voir t’entraîner avec ton groupe et je me souviens que tu appréciais aussi danser sur des musiques un peu pop, douces et mélodieuses. En la replaçant dans son contexte de discipline Hip Hop, as-tu un avis sur la musique rap actuelle ?

J’aime danser sur la musique en général, si le son me parle je m’exprime dessus.

Le rap actuelle ne me touche pas trop, je pense que c’est une question de génération. Il y a de bonnes choses mais trop de bruit, trop de forme et pas de fond à mon goût. Mais c’est toujours pareil, les plus talentueux ne sont pas ceux que l’on entend le plus.

6) Aujourd’hui, il est très difficile de trouver des événements qui mettent en avant les valeurs de notre culture. Par exemple, les battles de danse humanitaire se comptent sur les doigts d’une main. Je pense au battle de Massy, ou encore au battle débutant de Richard Steady dont les fonds, ou les denrées alimentaires, sont reversés à des ONG. Est-ce que tu penses que les valeurs de notre culture sont dépassées, qu’elles n’étaient utiles qu’à une période où les gangs et les meurtres se mélangeaient à la danse ?

Le combat n’a pas changé, la façon de procéder uniquement. Le hip hop n’est plus qu’un moyen de fédérer et de lutter, c’est surtout un business qui fait rêver plus d’un. Bien entendu à partir du moment où l’argent rentre en jeu il est difficile de penser plus loin que son compte en banque, donc les soucis du voisin…

Il y a quand même pas mal de choses de faites, mais je pense que les gens le font sans forcément penser, c’est hip hop ça, il faut le faire. Il y a un moment où t’as envie de changer les choses autour de toi, ça nous est tous arrivé au moins une fois. Il y en a qui se retrousse les manches et se décide à faire une petite action, puis une autre, puis une autre, etc…

Izzy avec A la bonheur, Joker Yudat avec ses cessions street, Evad Création qui fait plusieurs événements tout au long de l’année (Flash mob, show de rue, battle, etc…), Babson avec All4House, et j’en passe. Il y a du monde et je pense qu’il y en aura toujours.

7) C’est quoi le Hip Hop idéal, pour toi, qu’est-ce que tu pourrais attendre de lui ?

Je ne pense pas qu’il y ait un Hip Hop idéal. Tu vis ton Hip Hop comme tu as envie, chacun est différent, donc vouloir l’unifier à un schéma “parfait” c’est comme demander l’homme parfait. Pas intéressant, pas possible…

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