Interview DJ Alpach : « Aujourd’hui ce qu’il manque au Hip Hop ce sont les Block Party »

Nom : DJ Alpach

Localisation : Paris

Crew : Funky Blaster Events, Cosec Crew

Battles break : L’arène Suprême, 1000%, Hokagenin Battle, Battle Art’Scénik, Battle Bad, Cercle Underground…

1) Pour moi, tu es le DJ de l’underground puisque je t’ai connu via les 1000%, puis au Cercle Underground et dans des battles portant les valeurs du hip-hop, comme le festival Art’Scenik ou encore les Battles Débutant, premiers battles à mettre en avant la nouvelle génération. Lorsque tu as débuté, j’aimerais savoir quels étaient tes objectifs en tant que DJ et s’ils ont évolués au fil des années ?

Au commencement, quand je dansais et que j’écumais les quelques battles que nous avions à l’époque, je prêtais une oreille particulière aux Dj’s qui officiaient, et le 1er à m’avoir mis «la claque musicale» fut Dj Siens lors du championnat de France de Break à la Villette au début des années 2000.

Indirectement, c’est grâce à lui et à Dj Cleon que je me suis mis derrière les platines!

Avec l’éclosion d’autres «BattleDjs», l’un de mes objectifs à l’époque était de me forger une identité pour me démarquer, en jouant des morceaux recherchés que les autres ne jouaient pas ou très peu.

Partager, interagir avec le public, les danseurs, voir les réactions des danseurs quand je lâchait le disque faisaient également parti de mes objectifs.

Sous mes airs de sauvageon je suis quelqu’un qui aime échanger, partager et quand à l’époque on m’a sollicité pour faire partie du staff 1000pour100 dont l’objectif était de donner la chance à des danseurs méconnus de s’exprimer dans un cadre underground, je n’ai pas hésité ! Par la suite, mes objectifs ont évolués. Tu sais dans ce game, la liste de Dj’s est longue et ils attendent leur moment…Tu dois toujours rester connecté, toujours travailler, sinon on t’oublie vite! J’en ai fait l’expérience à un moment… Tu est reconnu, tu penses que tout est acquis, tu te reposes sur tes lauriers et BIM!

L’objectif est donc de toujours suivre l’évolution de la danse et de s’adapter musicalement tout en gardant son identité. Tu dois t’ouvrir, t’inspirer d’autres sonorités, creuser et te lâcher, expérimenter mais surtout rester toi-même.

2) Nous sommes tous d’accord pour dire que le DJin’ est une discipline artistique : il ne s’agit pas seulement d’empiler une palette de disque les uns après les autres. Peux-tu me citer autant de raisons que tu peux qui portent le Deejayin’ au rang artistique ?

Contrairement à ce que l’on peut penser, tout le monde ne peut pas être «Deejay»…Je ne parle pas de JukeBox !

Avant la technique, il y’a l’émotion, le feeling que tu as avec la musique…

Et cela s’entends lorsque tu joues ! Le public n’est pas dupe, il sait reconnaître quelqu’un qui enchaîne les disques sans cohérence, sans ligne directrice d’un dj qui mixe avec fluidité, une playlist cohérente et une adaptation à son auditoire.

Si tu remarques bien, de nombreux «Battles Djs» ont été soit danseurs, soit graffeurs ou autres disciplines artistiques et possèdent donc déjà une sensibilité particulière à l’art.

D’un point de vue technique, avec tout ce que les Dj’s ont créés depuis des années (les différentes techniques de scratchs…) comment dire que ce n’est pas de l’art…

Juste entendre un set de Dj QBert met tout le monde d’accord sur la question !

3) Les battles de DJ opposent désormais deux individus armés de leur platine. Il me semble qu’au tout début du hiphop et même avant, les MCs participaient activement aux battles. Penses-tu que cela manque au hip-hop d’aujourd’hui, et pourquoi ?

Lors des Block Party de l’époque, il y avait une réelle osmose, interaction entre le DJ et le MC.

Ce n’est plus souvent le cas maintenant. Le Hip Hop a depuis beaucoup évolué et les différents acteurs avec. Les MC’s n’ont pas échappés à la règle.

Beaucoup d’événements aujourd’hui sont organisés par des mairies, les régions etc et accueil souvent un public familiale. Les MC’s sont donc plus cadrés. Ils ont dû s’adapter à tout cela et voir leur champ d’action réduit…

Tout comme les Dj’s, les MC’s sont souvent à la base soit danseurs, rappeurs… Chacun à apporter une touche particulière, un style et une personnalité et ont fait muter, transformer l’animation micro.

Tu prends Youval par exemple, il connait absolument tous les danseurs et sait mettre chacun en valeur, c’est sa force ! Tu prends Playmo, je ne connais pas un type de public qui ne se laisserait pas entraîner par sa présence, sa générosité. Et il y’en a d’autres avec de toutes autres compétences…

Ce qu’il manque surtout, ce sont les Block Party.

4) Cite-moi s’il te plaît, un point négatif qui te rend dingue et trois points positifs qui te font kiffer ou qui te filent de l’espoir, dans la culture hip-hop en général.

Un truc qui me rend fou, c’est les français qui ne se boostent pas entre eux, le manque clair de patriotisme ! Et que ce soit entre danseurs, deejays etc…

Tu as l’impression que c’est une honte de booster quelqu’un ou de lui dire simplement que ce qu’il fait artistiquement te plait!

Tu prends les américains patriotes qui se serrent les coudes entre eux et les japonais qui sont ultra ouverts, accessible artistiquement, tu te dis donc qu’il y’a un souci en France.

Sur un événement français, les seuls qui vont échanger avec toi à la fin sont des étrangers…

Autre chose (ça fait 2 du coup), le Hip-Hop s’est beaucoup plus commercialisé ce qui a permis à beaucoup de pouvoir en vivre mais du coup il a perdu son côté brut, underground et ça se sent dans les battles.

Un bon battle c’est intense, engagé mais ce n’est que de la danse, tu as les codes qui sont la pour te cadrer ! Tu prends un match de boxe, les mecs se foutent sur la poire mais ont un profond respect l’un pour l’autre, l’esprit d’un bon battle devrait être similaire ! En battle il faut y aller à fond pour gagner le respect de ton adversaire. C’est un peu comme les gars qui te serrent la main mollement façon guimauve ou ne te regardent pas dans les yeux ! Ils pensent te respecter en te saluant de cette façon mais en fait non !

Mais il y’a évidemment du positif!

  • 1er point: Les jeunes générations sont vraiment doués!! Que ce soit en danse ou en musique avec l’éclosion des Beatmakers! Ils ont vraiment apportés à notre Hip Hop en France.
  • 2ème point: Le Hip-Hop a ouvert beaucoup de portes pour tout ceux qui souhaitent en vivre!
  • 3ème point: Le Hip-Hop d’aujourd’hui te fait rencontrer beaucoup de gens venant d’autres univers s’enrichissant du coup artistiquement.

5) Une discipline essentielle au hiphop est le knowledge. C’est la connaissance et la lucidité du monde dans lequel nous vivons qui ont poussé les fondateurs à poser les valeurs peace, love, unity, and havin’ fun. Cela dit, sans le hip-hop…Nous aurions tout de même ces valeurs en nous. Alors qu’est-ce qu’on doit en faire ? Comment les utiliser ?

On doit être conscient que certes ces valeurs existent dans le Hip-Hop mais qu’elles sont avant tout universelles.Les plus jeunes doivent le savoir, c’est important. 

On doit les garder dans les actes en agissant aussi pour les autres, en partageant la danse, la musique mais aussi en organisant des événements avec un aspect humanitaire (j’organise d’ailleurs le 20 mai le Battle Citoyen ou le droit d’entrée est une denrée alimentaire). Avant d’être des danseurs, DJ’s, MC’s etc, nous sommes des humains et garder un esprit fraternel est fondamental d’après moi!

Les plus anciens doivent montrer l’exemple dans leur transmission…Ils donnent des cours de danse mais sont avant tout éducateur. Par exemple, tu prends la salle du COSEC d’où sont sortis les Twins, Waydi & Rochka et j’en passe…Personne ne s’entraîne sans avoir fait le tour de la salle auparavant et checké tout le monde.

On ne peut pas se passer de ces valeurs là dans nos pratiques.

 

6) Qu’est-ce que le hip-hop idéal selon toi, à quoi est-ce qu’il devrait ressembler ? Tu peux t’éclater et fantasmer sur un monde imaginaire entier, lâche-toi 🙂

Je prendrais le bon d’il y’a 10-20 ans et celui du hip-hop actuel est en tant que Deejay ferait un bon mix comme il se doit…

Par exemple l’originalité et la personnalité des danseurs d’avant et le talent, la technique des danseurs actuels.

J’aimerais un Hip-Hop moins politique, avec plus de gens ouverts .

Bizarrement, un hip-hop avec moins d’events par week-end pour que tu prennes vraiment plaisir à retrouver les autres protagonistes dans les événements.

Une Block Party de deux jours avec tout les Break DJs (lol)

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